Consommation – Favoriser l’accessibilité, ultime cheval de bataille

Article rédigé par Florence Rabut, Rédactrice en chef de Végétable, partenaire historique de medFEL

 

Augmenter la consommation de fruits et légumes frais reste un enjeu prioritaire de santé publique. Activer les bons leviers l’est tout autant. D’où l’intégration d’un volet consommation dans le « plan de souveraineté » annoncé le 1er mars dernier par le ministre de l’Agriculture.

Jérôme Fourquet (Ifop) et Laurent Grandin (Interfel) présentent et commentent les principaux résultats de l’enquête Ifop réalisée pour Interfel sur « Les jeunes Français et la consommation de fruits et légumes ».

Ce fut l’annonce majeure pour la filière fruits et légumes lors du dernier Salon international de l’agriculture, par le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire lui-même, Marc Fesneau : un plan de souveraineté à hauteur de 200 M€ en 2023 pour la seule filière fruits et légumes, dont 50 M€ à parts égales pour la filière arboricole et le maraîchage, 50 M€ pour les investissements matériels, 50 M€ pour la R&D et l’innovation. Des fonds orientés à partir de l’enveloppe budgétaire France 2030 par appels à projet, et donc co-financement des professionnels, soit 400 M€. Si les professionnels saluent quasi unanimement l’envergure de ce plan, co-construit avec les équipes du ministère et l’ensemble des familles professionnelles depuis septembre 2022, les modalités de la mise en place d’un « guichet unique » annoncé et le calendrier de mise en œuvre interrogent. Car il y a urgence : plus de la moitié des fruits et légumes consommés dans notre pays sont issus de l’importation. En vingt ans, la France a perdu 14 points d’approvisionnement, et cette tendance s’accentue.

Maud Faipoux, directrice générale de l’alimentation (DGAL), aux côtés du ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté Marc Fesneau, annonce les principales mesures du volet consommation du Plan de souveraineté alimentaire pour la filière fruits et légumes.

Ce plan pluriannuel a pour vocation à se déployer jusqu’à 2030, sans visibilité budgétaire à date pour les années suivantes. L’objectif est clair : regagner 5 points de souveraineté d’ici à 2030 et enclencher une hausse tendancielle de 10 points à horizon 2035. Il concerne la filière des fruits et légumes au sens large : frais, fruits transformés, pomme de terre et exotiques, ainsi que toutes les productions de l’outre-mer.

Relever le défi alimentaire, nutritionnel et sanitaire de la consommation constitue un axe à part entière, dans une stratégie qui en comporte quatre. Maud Faipoux, directrice générale de l’alimentation (DGAL), en a résumé les principaux défis : communiquer massivement sur les bienfaits des fruits et légumes pour augmenter leur consommation (avec un objectif d’atteindre le seuil des deux tiers des Français qui mangent quotidiennement les fameux cinq fruits et légumes, contre moins de la moitié aujourd’hui), mais aussi renforcer l’accessibilité pour les plus précaires, en s’appuyant sur le Fonds alimentation durable (60 M€). Favoriser l’éducation alimentaire est également une priorité, ainsi que faire de la restauration collective un levier pour accroître la consommation chez les plus jeunes.

Les jeunes générations, justement, sont scrutées à la loupe par la filière. Elles restent chroniquement sous-consommatrices de fruits et légumes, avec un risque d’aggravation de l’obésité qui pourrait coûter à la France 100 Mds€ en 2030. L’interprofession, Interfel, a ainsi commandé un sondage auprès de l’Ifop sur « Les jeunes Français et la consommation de fruits et légumes ». Les résultats* ont été dévoilés par Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies le 2 mars dernier en plein salon de l’agriculture. On pourra en retenir deux idées principales : les jeunes générations sont conscients des bienfaits nutritionnels et santé des fruits et légumes – et 65 % disent en toile de fond évoluer à l’avenir vers un régime alimentaire de plus en plus végétal – mais ce n’est pas pour autant qu’ils passent à l’acte.

Parmi les raisons évoquées, l’accessibilité revient sur le devant de la scène. L’enquête montre que le pouvoir d’achat et le prix demeurent nettement les premiers déterminants de la consommation alimentaire des jeunes, malgré une sensibilisation plus grande que leurs aînés sur les considérations environnementales et planétaires. Les clivages sociaux sont logiquement très forts sur cette question : 47 % des jeunes issus des catégories pauvres déclarent que la priorité pour eux est d’avoir les moyens de se nourrir pour seulement 16 % des jeunes issus des catégories aisées, qui eux, font de leur santé la priorité.

« Il est très clair que nous devons continuer à travailler cette question de l’accessibilité », commente Laurent Grandin, président d’Interfel, à la lecture des résultats. « À nous de nous reconnecter sur les instants de consommation qui ont beaucoup changé : planches apéritives, petit déjeuner, où l’on pourrait introduire plus de fruits et légumes. Fondamentalement, la mise en œuvre est essentielle, c’est pour cela que nous poussons également à généraliser les cours de cuisine à l’école. Il nous faut trouver les moyens d’inverser la tendance aujourd’hui. »

L’enquête montre en outre la propension des jeunes à plébisciter la solution du chèque alimentaire : 85 % des 18-30 ans déclarent qu’ils aimeraient utiliser un tel dispositif s’il était créé. Le dispositif a été amorcé par le gouvernement avec un fonds de 60 M€. En le couplant à la solution à moyen terme de l’éducation alimentaire prônée dans le plan de souveraineté alimentaire, la filière espère bien inverser la tendance.

*Enquête réalisée par l’IFOP auprès d’un échantillon de 602 personnes représentatif de la population française âgée de 18 à 30 ans du 20 au 26 janvier 2023, selon la méthode des quotas.

Florence Rabut

Photos jointes : ©F.Rabut/végétable

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