Importation : « À la croisée des chemins »

Article rédigé par Florence Rabut, rédactrice en chef de Végétable. Cet article est publié en exclusivité en primeur sur notre site et à paraître dans l’édition de février 2024 de Végétable.

Si le commerce international est traversé par une succession de crises, il ne faiblit pas mais se recompose en permanence. L’Europe est une destination opportune.

Dans un contexte marqué par les crises géopolitiques, climatiques et sociales, c’est peu dire que « le commerce international [est] à la croisée des chemins », thème de la dernière assemblée générale de la CSIF (Chambre syndicale des importateurs français de fruits et légumes frais), le 23 janvier dernier, à Paris. Les importateurs se sont en particulier interrogés sur « les perspectives pour les fruits et légumes d’importation dans l’Union européenne, à l’heure de la souveraineté alimentaire ». À première vue, elles apparaissent excellentes. On relève plus de « dix ans de croissance ininterrompue des importations de fruits et légumes dans l’UE », a projeté Véronique Le Bail, déléguée générale, chiffres et histogrammes à l’appui (+37 % en volume en douze ans et +73 % en valeur). « A contrario, la balance commerciale d’exportations vers les pays tiers se dégrade, une conséquence de l’instabilité géopolitique, et le commerce intra-UE stagne, centré autour de chaque État membre », a-t-elle ajouté (et le problème soulevé d’une captation de 70 % des fruits et légumes importés par les Pays-Bas ou la Belgique, premier point de contact des principaux flux de pays tiers). Malgré tout, « le marché reste dynamique malgré une perception de difficultés du métier par les importateurs » et on peut le lire à travers les évolutions de produits comme de pays : croissance très forte pour certains produits à forte valeur ajoutée (comme la myrtille) et celle des fournisseurs multiproduits (au Maroc, en Afrique du Sud…).

Après deux décennies de « mondialisation glorieuse » (avant la chute du mur de Berlin), « nous sommes passés d’un commerce mondial ouvert à des formes beaucoup plus restrictives », où deux systèmes d’opposition s’affrontent – la Chine, qui concentre 18 % du PIB mondial, et les états-Unis, avec 15 % – au travers de deux phénomènes : « la recherche d’organisation mondiale à travers des accords et une libéralisation », selon Jean-Marc Gravellini, chercheur associé à l’Iris, spécialiste de l’Afrique. En parallèle, on assiste à une « superposition de normes qui impactent les acteurs » (291 accords régionaux issus de l’organisation mondiale du commerce, « contre une vingtaine il y a vingt ans », 1 300 accords bilatéraux autour du climat et de la biodiversité…), et bientôt une prochaine crise de la dette (en Égypte, au Kenya…), prédit le spécialiste. Conséquence majeure : « On va revenir à une forme de protectionnisme, de recherche de souveraineté, qui influence d’ailleurs un certain nombre de partis politiques », sans toutefois remettre à plat les grands flux commerciaux mondiaux.

« D’abord, n’oublions pas qu’en France, en Europe, l’objectif majeur est d’accroître la consommation des fruits et légumes. Nous avons devant nous une autoroute », commente Louis Orenga, ancien directeur de l’interprofession, consulté pour l’occasion. À condition que la production nationale soit suffisante dans notre pays : « Quand la déprise est trop forte, toutes les études le montrent, la consommation des fruits et légumes baisse. » « Il y a donc un besoin de s’assurer de la complémentarité des produits toute l’année », recommande-t-il. Et enfin, « que tout le monde travaille avec des règles communes. Sinon, ce n’est pas possible. Et c’est là qu’on a besoin de régulation, celle elle qui garantit la liberté des échanges ». Malgré cette opportunité en consommation, les importateurs restent sur la défensive face à certaines stratégies (mesures du Pacte vert de la Commission européenne notamment). « C’est un vrai défi, les fruits et légumes ne pèsent pas. Il nous faut trouver un nouveau modèle économique collectif. Si nous voulons éviter d’être exposés demain à de multiples injonctions contradictoires, il nous faut communiquer », conseille encore Louis Orenga.

 

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