Article rédigé par Cécile Plantive, journaliste végétable et publié en primeur sur notre site, puis à paraître dans le magazine Végétable.

Aux Antilles, au cœur des parcelles, les ingénieurs de l’Institut technique tropical proposent des visites d’essais contre les défis actuels.
Sur les deux îles, Guadeloupe et Martinique, diversifier les angles de protection de la plante pour agir sur la santé du bananier s’avère en tout point crucial. Les recherches de l’IT2 (Institut technique tropical)*, engagées avec de nombreux partenaires, tels le Cirad et l’Inrae, s’effectuent toujours en coconstruction avec les producteurs. Elles reposent sur une approche systémique pour une santé globale de la plante et de son environnement.
En Martinique, entre deux averses de pluie battante, Marcus Héry, directeur de l’IT2 et Élie Lare, chef de projet Cercotrop, choisissent de nous présenter leurs avancées sur la cercosporiose noire : « Apparue en 2010 en Martinique, la maladie met entre dix et quinze ans à s’installer sur un territoire. Nous y sommes clairement arrivés, avec une forte pression généralisée et accentuée sur les zones les plus humides. La très forte capacité du pathogène à contourner nos moyens de protection nous conduit à diversifier nos méthodes au maximum. ». Densité culturale, variété et fertilisation foliaire en oligoéléments influencent le développement du bioagresseur. Une baisse drastique de la densité de plantation à 1 350 pieds/ha au lieu des 1 800 habituels permet une réduction de 40 % de la maladie, mais ce levier n’est pas encore économiquement viable. Des fertilisations foliaires avec magnésium, bore, cuivre, zinc, extraits d’algues sont testées sur vitroplants inoculés en cercosporiose, puis au champ de façon plus affinée. La micronutrition en magnésium montre déjà une réduction de 17 % de la maladie sur le premier cycle de récolte. Encourageant, mais à peaufiner et à rendre applicable à grande échelle !

En Guadeloupe, c’est sous un soleil de plomb, cette fois-ci, que Chloé Quiméby, chargée d’étude fertilité des sols, oriente vers d’autres solutions opérationnelles testées sur une exploitation pilote. Dans le cadre du Parsada (Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures), l’IT2 cherche à mettre en œuvre un faisceau d’outils et d’aménagement des parcelles. Avec Cercotrop, il s’agit de comprendre plus finement le lien entre fertilisation et cercosporiose. Démarré en août 2025, l’essai visité ambitionne, pendant cinq ans, de comparer plusieurs modalités de fertilisation en azote minéral, organique et mixte sur le développement conjoint des plantes et de la cercosporiose. Analyse de sol et diagnostic de fertilité complètent le dispositif. Ici, l’hydromorphie révélée a permis de creuser un drainage adapté. Ces schémas de réflexion sont diffusés aux exploitations voisines avec des données complètes. Des essais précédents révèlent de belles économies possibles en azote sur deux années de culture. Le point de juste équilibre est recherché. Un manque d’azote entraîne une moindre résistance à la cercosporiose et un excès fragilise les tissus et renforce la sensibilité à la maladie. Un levier stratégique donc, à savoir actionner au mieux, selon les conditions parcellaires et climatiques.
Photo : © Cécile Plantive – végétable
* Fondé en 2008 par les producteurs – ils assurent 25 % du financement des projets de recherche à hauteur de 660 000 €/an –, l’IT2 est adhérent de l’Acta (Association de coordination technique agricole). Association loi 1901, il regroupe 11 structures professionnelles et s’investit sur toutes cultures tropicales : banane, tubercules, ananas, agrumes et cultures maraîchères.


